Les neuf autres parts
Chers amis,
La section de la Torah de cette semaine rapporte : « Il lui donna la dîme de tout » (Genèse 14,20). Abraham prélève ainsi un dixième du butin de la « guerre des Rois » pour le remettre à Malki-Tsédek, prêtre du D.ieu Suprême.
En effet, selon la tradition juive, un dixième (en hébreu, maasser) est réservé au don. Quel sens prend alors l’usage des neuf autres parts, celles que nous gardons ?
Un salaire représente des heures de travail, des efforts, parfois de la fatigue et de l’inquiétude. Il fait vivre un foyer et permet de préparer l’avenir. Il est naturel que nous tenions à ce que nous avons gagné.
Le Rabbi de Loubavitch éclaire cette question à partir d’une remarque de Maïmonide. Celui-ci fait d’Isaac le modèle de la dîme comme pratique durable. Pourtant, Abraham l’avait déjà prélevée sur le butin d’une bataille. Pourquoi Isaac ? Parce que ce butin venait d’une victoire exceptionnelle, remportée avec l’aide de D.ieu, alors que les récoltes d’Isaac venaient d’un travail ordinaire, accompli par ses propres forces. C’est exactement la situation d’un salaire.
La voie d’Isaac est celle de la rigueur. Elle demande un effort intérieur : élever vers D.ieu ce qui reste pleinement matériel. C’est cette démarche que la dîme exprime. Nous choisissons les biens que nous prélevons, mais la Torah en fixe la proportion. Ce qui nous appartient véritablement appartient aussi à D.ieu. Isaac nous transmet la force de vivre ces deux vérités ensemble.
Le dixième donné devient une aide concrète : du pain, un soulagement, un enfant qui peut étudier. Notre travail porte du fruit dans la vie d’un autre. Le don révèle la vocation divine d’une part de nos biens ; il peut changer notre regard sur les neuf autres parts, celles dont nous disposons pour nos responsabilités et nos projets.
Payer le loyer, par exemple, c’est aussi rendre possible un foyer où l’on allume les bougies de Chabbat, où l’on étudie et où l’on reçoit. Une dépense très ordinaire prend ainsi sa place dans notre relation à D.ieu.
Cette conscience peut guider chacun de nos choix. Devant une dépense, prenons un instant pour nous demander quelle vie elle contribue à construire. Chacun peut alors chercher, selon sa situation, comment mettre ses ressources au service des responsabilités qui lui sont confiées. L’effort propre à la voie d’Isaac se poursuit dans cette attention.
Nos Sages enseignent que la tsédaka rapproche la Délivrance. Chaque choix guidé par cette conscience prépare l’ère de Machia’h, où le monde entier révélera la présence de son Créateur. Ce monde-là se construit aussi avec les neuf parts qui restent entre nos mains.
Chabbat Chalom !
De vos amis @ Fr.Chabad.org